Je regarde la rivière Kwaï de ma chambre d’hôtel ; Laurent dort à mes côtés, rempli de souvenirs de notre aventure extraordinaire avec les éléphantes du Ganesha Park.

La lune est pleine et se reflète cette fois-ci dans l’eau de la rivière et je me rappelle tout le chemin parcouru, que ce soit à un niveau personnel ou professionnel.

Combien de fois j’ai regardé la lune de ma chambre d’hôpital où elle me promettait des retrouvailles et des jours heureux ? Combien de fois la nature a été ma gardienne, ma confidente et le sens de ma rééducation, le moteur de mes pas ?

C’est comme ça !

La nature et tous ces êtres vivants me donnent le courage de traverser les épreuves que vit mon corps : du cancer, des chirurgies, des maladies chroniques qui atteignent mes intestins, mes articulations, mon système lymphatique et circulatoire, de l’atteinte des nerfs moteurs de ma colonne vertébrale.

C’est elle qui me donne depuis toujours l’inspiration, le sens de la beauté et de l’amitié.

Elle m’émerveille et me transmet des connaissances précieuses sur la nature humaine et la nature de toute vie sur cette planète et par conséquent, elle est devenue le cœur de mon travail thérapeutique, le cœur de mes transmissions, le cœur de mes initiations chamaniques et spirituelles.

Je regarde derrière moi, et je vois ce chemin où l’atteinte de mon corps est au centre de mon attention. Je ne peux pas faire autrement malgré ma rébellion et malgré tout le sens que j’ai pu y mettre, les techniques, les magnifiques rencontres et les précieux enseignements. Personne d’autre comme la nature n’a pu m’éclairer et me soutenir autant qu’elle : les oiseaux qui chantaient au matin, me parlant de l’espoir d’un nouveau jour, les longues heures de régénération adossée aux arbres, l’air frais dans mes poumons, le soleil sur ma peau, mon chat sur un utérus stérile et la bienveillance de mon chien, tous m’ont encouragée à sortir de mon lit maintes et maintes fois.

Reprendre mes béquilles, qui parfois me sont insupportables, pour quand même aller sentir le Souffle chaud d’un cheval, m’émerveiller des couleurs des fleurs, nager avec des globicéphales…  Les rendez-vous que la Terre-Mère me donne, et ce depuis ma naissance, me procurent de l’énergie et portent mes rêves, mon désir de vivre et d’avancer.

Et voilà que maintenant, après 30 ans d’attentes et de promesses, c’est l’heure des retrouvailles avec ma famille de cœur ! Les éléphantes !

Les éléphantes sont là, en chair et en os et non plus sous leur forme symbolique !

En effet, durant des années, les éléphantes m’ont accompagnée sous formes de statues, de dessins pour que je me souvienne de notre rendez-vous, que je patiente et aussi que je me rappelle le chemin de la transformation des peurs. De ne pas les fuir mais, au contraire, d’être en contact avec celles-ci. De regarder : la peur de la perte d’autonomie, la peur de la mort, la peur de la douleur, la peur de la séparation… En fait, toutes les peurs qui paralysent ma vie et mes relations ; de pouvoir les conscientiser avec une infinie compassion et sagesse, pour y laisser émerger toute la réalité.

Elles ont été une boussole cachée dans mon cœur, essentiellement inaccessibles à ma conscience rationnelle, mais toujours présentes pour m’indiquer la direction sur ce chemin où je marche bien souvent à l’aveugle.  Et enfin, un jour, grâce à ces pionniers que sont François Collier et Christine Pagnier-Gillot et toutes les personnes et alliés qui les entourent, nos incroyables retrouvailles.

Quelqu’un me posait la question récemment : « Mais pourquoi la Thaïlande ? C’est loin ! » Et comme réponse pour l’instant : « Parce que ! »  Ce sont ce pays et ces éléphantes, Wassanna en particulier, qui ont appelé François et Christine.  Ils ont travaillé, co-œuvré avec les éléphantes à installer, à rétablir des liens d’amour, de respect, de confiance et de conscience entre les êtres humains et ce peuple éléphant qui, depuis des millénaires, marche et soutient l’humanité.

Ce pays de milliers de fleurs, à la nature luxuriante et où les Mahouts (les gardiens des éléphants) étaient considérés comme des petits Bouddhas.

Est-ce que l’invitation ne serait pas de nous rappeler ce lien intime et sacré qui nous relie, les éléphants et nous, êtres humains ? Ces éléphantes sont des ambassadrices car elles nous attendent, elles nous accueillent et nous sensibilisent aussi à qui elles sont vraiment.

Il semblerait que par tout ce travail effectué, nous sommes enfin matures pour répondre à cet appel plus spécifique qu’elles émettent : d’accueillir sur leur dos, à leurs côtés, des personnes comme moi, soit en souffrance physique ou en situation de handicap.

 

Cet appel me touche particulièrement le cœur et le corps car ces matriarches connaissent les moyens de restaurer, de ré-ancrer les priorités dans nos besoins fondamentaux, souvent mis à mal, surtout dans les cas de maladies longues et dans les cas d’atteinte profonde de notre identité physique.

Markus Wider, un de mes enseignants, m’a entrainée et encouragée tant et tant de fois à poser ma vie (mon petit cercle) dans quelque chose de plus vaste qu’est la réalité (le grand cercle).

Lorsque je me suis installée sur le cou de Tong Deng, j’ai pu goûter à cette vastitude, à ce grand cercle.  Les éléphantes nous permettent d’accéder à une réalité immédiate qui éclaire et intègre tout ce que nous sommes. Etre dans leur présence est déjà une résilience

 

 

C’est facile, avec elles, de retrouver notre enfant intérieur, notre joie, notre capacité à jouer et à nous libérer de toute entrave, car elles sont comme des mères qui nous soignent. Elles prennent soin de nous, donnant de l’attention à ce qui nous rend malades, ce qui nous met en crise ou ce qui a été brisé, peut-être à tout jamais, en y apportant de l’attention, de l’amour et de la compréhension. Elles nous offrent une sécurité par leur corps, une opportunité de lâcher-prise pour traverser et transformer tout cela !

Pouvoir s’abandonner en confiance sur leur corps ou être à côté d’elles est une expérience unique où notre corps trouve une source vaste et profonde de réconfort, de guérison et de sens !

Je marche, maintenant avec mes béquilles, portée par leur cadence chaloupée. Lentement, mes pas me bercent et restaurent de petits mouvements où ma force vitale renaît, où chaque pas devient une prière, une empreinte de vie où, comme elles, je peux scanner de ma plante de pied toute vie et m’offrir le choix de n’en écraser aucune !

Elles m’enseignent aussi la marche en pleine conscience, reçue dans les écrits de Thich Nhat Hanh. Comme elles, je deviens un être de compassion, elles sont pour moi des Bodhisattvas.

Personnellement en contact avec Wassanna, elle m’a montré l’origine et les causes de la souffrance qui impactent mon corps depuis mes 14 ans. L’acceptation de l’empathie que mon être a pour tout le vivant est légitime et honorable. Mais, dans le passé, à cette empathie innée associée à cette hypersensibilité, j’ai répondu par de l’impuissance profonde ainsi qu’un comportement de fuite et de fermeture.

Installée sur Wassanna, celle-ci m’a balayé toutes les scories du passé par son souffle puissant pour que je puisse récupérer la force et le courage d’être en contact avec ce que j’interprétais comme être la souffrance du monde, pour la laisser se transformer enfin en compassion et puis en joie. D’un souffle sonore, elle m’a sortie d’années d’impuissance et d’isolement pour que je puisse revenir dans le cercle de la vie.

Les éléphants peuvent, par leur force intrinsèque, enlever un à un les obstacles qui se dressent sur nos chemins. En effet, guerrières de la compassion, guerrières de lumière, ayant subi mille et une épreuves parfois très dures dans leurs liens avec l’humanité, elles nous encouragent en portant dans leur cœur la certitude qu’ensemble, nous trouverons le chemin de la guérison, de l’amitié, de la conscience.

Alors, allons-nous répondre à l’appel qu’elles nous offrent sans condition ?

La voie royale des éléphantes est ouverte. A nous de l’emprunter pour les rencontrer et se retrouver !

 

Article de Nathalie Pucci, le 4 novembre 2017.

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